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3 Janvier 2026
Le Festival des Anomalies n'en finit décidément pas de semer de bonnes lectures dans ma bibliothèque. Cette fois, c'est dans Les fantômes du lac de la journaliste Manon Gauthier-Faure (publié en 2024 aux éditions Marchialy) que je me suis plongé. Et j'y ai retrouvé une atmosphère de terre humide, celle d'une Marne nimbée de mystère. Le décor se plante autour du petit village de Varin-le-Haut (le nom a été modifié), un village de 700 habitants de la Champagne Pouilleuse sans le moindre commerce, doté de "venelles étroites et sans trottoir" au coeur "d'étendues tranquilles et croupissantes", pratiquement un village fantôme. Or, dans l'EHPAD qui constitue la seule activité locale, la Maison Beausoleil, "des résidents voient et entendent les fantômes de deux petites filles". Lorsque Manon Gauthier-Faure entend parler de ces étranges témoignages, lui reviennent des images des deux petites filles du film Shining. Les rumeurs parlent d'un fait divers tragique et sinistre survenu en 1978 dans le village. Deux petites filles ont été retrouvées mortes noyées au fond d'un étang, vêtues d'une aube de communion et se tenant la main dans la main. Sa curiosité est piquée au vif, les questions fourmillent, et elle décide alors de s'investir pleinement dans une enquête pour relever un défi, celui de "faire coexister dans un même récit l'évanescence du paranormal et la terrible réalité de la mort de deux petites filles".
Les témoignages des résidents concordent: les deux filles semblent avoir autour de 10 et 13 ans. Certains les voient toutes les nuits. Elles jouent, se chamaillent et apparaissent parfois "trempées, comme si elles avaient pris une saucée". Au départ, il n'y a que très peu d'indices. Les archives du village et des journaux ne sont pas très fournies. Mais Manon Gauthier-Faure va interroger les habitants, des aides-soignantes de l'EHPAD, la mémoire du village et peu à peu, les détails vont remonter à la surface, s'exhumer. Elle découvre que les petites filles faisaient partie d'une famille nombreuse. Elle apprend leurs prénoms, les circonstances du drame, la mauvaise réputation des parents, navigue dans les rumeurs typiquement villageoises et les non-dits pour ressusciter leur mémoire. D'une certaine façon, elle rétablit la dignité de cette famille à travers cette analyse post-mortem digne d'un médecin légiste.
Cette enquête s'inscrit dans la tradition du journalisme gonzo, à la première personne. L'écriture est belle et poétique par moments, crue et factuelle à d'autres, sensorielle toujours. Elle me rappelle l'excellent Le ciel en sa fureur d'Adeline Fleury. Un livre sur un retour du refoulé au format assez court mais très captivant. Il semblerait que la mise en lumière des faits aient d'une certaine manière apaisé les âmes : les manifestations fantomatiques sont devenues très rares à la Maison Beausoleil: "les caméras de vidéo-surveillance ne détectent plus de mouvements intempestifs". Manon Gauthier-Faure aurait-elle fait oeuvre de passeuse d'âmes malgré elle ?
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Les Fantômes du lac - Marchialy
Deux jeunes sœurs sont mortes noyées dans un village de la Marne en 1978. On raconte les avoir retrouvées dans un ...
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