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Alexandra Arcé - Expérience de mort imminente - L'approche jungienne

Alors que j'imaginais une petite lecture de vacances simple, je suis tombé sur un livre d'une densité actinide ! Pour aborder Expérience de mort imminente - L'approche jungienne, il faut en effet un solide bagage en psychologie analytique, et en théories psychanalytiques en général (Freud, Lacan, Fourcade, Marty) et être prêt à s'embarquer pour un voyage qui conduit des EMI à la théologie, et ce, sans ne jamais céder à l'appel de la métaphysique. C'est cela l'approche originale de la psychanalyste Alexandra Arcé pour qui les EMI, avant d'être possiblement un type d'expériences qui renseignent sur l'après-vie ou sur la transcendance, apportent en premier chef des clefs sur le fonctionnement de la psyché dans des conditions limites. Le pari du livre est d'établir des corrélation entre les étapes types des EMI telles qu'identifiées dès les années 70 par le Dr Raymond Moody, auteur du best-seller La vie après la vie, et le modèle de la psyché et les grands concepts de Carl Gustav Jung. Il y est en effet beaucoup question d'archétypes, ces matrices impersonnelles des grands traits de la conscience, mais aussi de complexes, ces contenus psychiques qui ne sont pas reconnus comme tels par le conscient (définition jungienne), et qui sont autant de manifestations de l'inaccompli dans l'individu. Les étapes des EMI pourraient ainsi être des "complexes dotés d'une forte autonomie" qui se réifient dans le cadre d'une régression qui surviendrait comme un mécanisme de défense névrotique dans une situation traumatique. Dit autrement, dans un état proche de la mort (réel ou imaginé), c'est l'inconscient qui reprendrait les commandes de la psyché pour y faire un festival de productions phénoménologiques puisant dans ce que Jung définit comme l'inconscient collectif.

Parmi les étapes typiques des EMI, la décorporation pourrait être une forme d'hallucination autoscopique, un "mécanisme de défense de type psychotique" comme une tentative un peu désespérée de conserver une image unifiée d'un corps qui se délite, et qui ramène aux fondations du narcissisme et à la fusion originelle infans-mère (infans = enfant d'avant le langage). La rencontre avec les êtres de lumière seraient une manifestation de l'archétype du numineux ("ce qui dépasse la raison dans l'expérience religieuse"), "la soumission [du conscient] non contrainte mais exigée par la hiérarchie naturelle au Soi". Le Soi est un archétype jungien qui désigne l'entièreté de la psyché individuelle, conscient, inconscients personnel et collectif inclus, et il serait personnifié par ces entités de pure énergie (la libido au sens jungien du terme, l'énergie psychique) qui sont souvent mentionnées dans les récits d'EMI. La vision panoramique de la vie, où il n'existe plus ni passé, ni futur, seulement un présent continu, pourrait être un outil de vision d'un "horizon vers lequel pourrait tendre l'énergie psychique une fois que la structure psychique a retrouvé ses fondements". Enfin, la rencontre avec "les gardiens de la mort", ces êtres qui posent une limite au-delà de laquelle le sujet ressent fortement que l'expérience est irréversible, pourrait être une manifestation de l'archétype de l'imago, de la relation sujet-objet et notamment, de la relation fondamentale enfant-parents.

Les EMI seraient alors envisagées comme un "appel à l'individuation", et en effet, on constate souvent que ces expériences sont hautement transformatrices, qu'il y a un avant et un après et que le sujet qui les vit se retrouve recentré sur ses points d'intérêt profonds, quitte à se défaire de sa persona (son masque social) et d'un environnement qui ne comprend plus ses changements. Carl Gustav Jung a lui-même vécu une EMI en 1944 lors d'une crise cardiaque qu'il décrit dans son autobiographie Ma vie (publié en 1961, l'année de sa mort). Une expérience qu'il a revisitée à la lumière de ses propres concepts, comme une forme de grand rêve, de songe profond, qui relèverait du mythe moderne, un peu comme les soucoupes volantes au sujet desquelles il avait écrit un livre tout entier dédié en 1958.

L'approche d'Alexandra Arcé me paraît terriblement séduisante. Elle détonne parmi les interprétations souvent New Age de ce type d'expériences, et d'une certaine manière, n'est pas sans rappeler l'approche assez rationnelle de Renaud Evrard. C'est une grille de lecture qui me paraît raisonnable, même si je crois comprendre que depuis 2018, date de parution de ce livre aux éditions Le Temps Présent, l'auteure a pris quelques distances critiques vis-à-vis de la vision de la psyché de Carl Gustav Jung pour se concentrer sur l'approche plus métaphysique de l'auteur René Guénon, un auteur qui a contribué à faire découvrir l'ésotérisme soufi en Europe.

Alexandra Arcé - Expérience de mort imminente - L'approche jungienne
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