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Amélie Nothomb - Psychompompe

Il y a six ans, j'avais lu une fiction d'Amélie Nothomb intitulée Soif que j'avais moyennement appréciée, puis plus récemment, Premier sang, que je n'avais pas aimé, et je m'étais dit que je ne relirais plus aucun livre d'elle. Mais il ne faut jamais dire jamais. Il y a quelques semaines, j'ai écouté plusieurs interviews d'elle où elle parlait de psychédéliques et d'un livre paru à la rentrée littéraire 2023 intitulé Psychopompe, qui m'ont donné envie d'en savoir plus. D'un autre côté, hasard des conjectures, il m'est arrivé entre les mains. Je l'ai donc lu, rapidement - c'est un format court comme à peu près tous les autres livres de cette auteure - et bien apprécié.

Amélie Nothomb a coutume d'alterner fiction et récit autobiographique. Celui-ci entre dans la deuxième catégorie, et je dois reconnaître que c'est ce type d'écriture que je préfère chez elle. Ici, elle revisite son enfance bringuebalée au gré des affectations de son père diplomate, entre le Japon, la Chine, le Laos, la Birmanie et le Bangladesh, à travers le prisme de son amour pour les oiseaux. On y découvre comment cette passion singulière lui a permis de traverser une enfance contemplative et surtout l'épisode du viol collectif vécu dans les eaux peu profondes d'une plage bangladaise alors qu'elle n'avait que douze ans. Un épisode qu'elle avait déjà dévoilé dans Biographie de la faim et qu'elle décrit brièvement ici sous forme de métaphore, les "mains de la mer". Un viol dont l'existence n'est avéré que par les deux seuls mots prononcés par sa mère aussitôt après: "Pauvre petite!" Ce viol va laisser des traces profondes dans la personnalité d'Amélie Nothomb et en premier lieu, une anorexie très lourde accompagnée d'une sensation de froid glacé dans les jambes qui ne la quittera plus pendant dix ans. Cela ira même jusqu'à une dissociation entre son âme et son corps qui a des faux airs d'expérience de mort imminente. Dans sa vie de tous les jours, elle devient une inadaptée chronique. Heureusement, il y a l'écriture pour laquelle elle se lève tous les jours à 4h du matin, quel que soit son état de santé ou de fatigue, sous la bienveillance de son guide spirituel, Rainer Maria Rilke, écriture au cours de laquelle la sensation de froid la saisit de nouveau.

Ainsi, Amélie Nothomb côtoie la mort relativement tôt et du fait de cette familiarité intime, de son amour pour les oiseaux et pour les envolées de l'écriture, elle endosse un costume d'encre de psychopompe, cet être spirituel qui accompagne les personnes décédées vers leur destination finale. Une tâche déjà amorcée dans Soif, où elle accompagnait le Christ dans ses derniers instants, et qu'elle parachève ici avec l'accompagnement de son propre père, décédé en 2020. Chose étrange, lors de leur ultime échange sur un quai de gare à Bruxelles, ils se sont dits qu'ils s'aimaient pour la première et donc unique fois de leur vie. Peu après sa mort, elle reçoit des signes et des messages - médiumniques - de ce père avec qui la communication n'avait pourtant jamais été très simple. De cela elle n'a pas l'ombre d'un doute. Une nécrophanie qui signe la genèse de Premier sang.

J'aime beaucoup l'extimité de ce récit tout en métaphores, où Amélie Nothomb explore son rapport à l'écriture, à la mort et au mystère. Les oiseaux, et particulièrement ces rares engoulevents européens qu'elle vénère, symbolisent cette liberté, cette hauteur, cette dimension supplémentaire qu'elle voudrait faire sienne afin de prendre son envol pour de bon.

Amélie Nothomb - Psychompompe
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